Ce que l'on sait moins, c'est qu'à l'origine de ces décisions, un rapport de l'Académie de médecine fait feu de tout bois pour exiger cet encadrement par les pouvoirs publics. Y compris en utilisant des arguments qui fleurent bon l'homophobie. Adopté le 11 décembre, ce rapport détaille tous les risques et dangers liés à une pratique non contrôlée du piercing et du tatouage. Et les arguments vont bien au-delà de la seule analyse qui devrait être celle de médecins :

« Ces modifications corporelles, qui correspondaient d’abord à des camouflages avant de devenir un rite initiatique du passage de l’enfance à l’âge adulte, ont un lien avec certains modes de vie ou comportements sociaux. Elles traduisent plusieurs états : perception négative des conditions de vie, mauvaise intégration sociale, souci d’amélioration de l’image de soi, précocité des rapports sexuels avec grand nombre de partenaires, homosexualité, usage de drogues et consommation d’alcool, activités illicites et appartenance à un « gang », mauvaises habitudes alimentaires. »

On croyait que pareille énumération appartenait au passé. Eh bien non : il subsiste, en France, des gens sérieux pour qui l'homosexualité, l'usage de drogues, les activités illicites forment un tout, et sont à l'origine de manifestations semblables, à savoir la pratique du tatouage et du piercing.

Le Syndicat National des Artistes Tatoueurs, qui nous a averti de l'existence de ce document, s'est ainsi empressé de saisir la HALDE qui devra donc dire son avis sur cet amalgame évidemment homophobe.

Si un tel dérapage ne remet sans doute pas en question la nécessité d'un encadrement peut-être plus ferme des pratiques du tatouage et du piercing, il reste qu'il jette un sérieux doute sur la crédibilité de l'Académie de médecine, en retard d'un siècle.